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Comment identifier un auteur anonyme de diffamation sur internet : guide juridique complet

16/01/2026
Comment identifier un auteur anonyme de diffamation sur internet : guide juridique complet
Guide pour identifier un auteur anonyme : procédure article 145 CPC, constats certifiés, délais et obligations des hébergeurs

Face à l'explosion des contenus diffamatoires en ligne, avec 9 481 plaintes enregistrées en 2016 pour contenus illicites selon l'ONDPR, les victimes se heurtent à un obstacle majeur : l'anonymat des auteurs. La diffamation se prescrit en seulement 3 mois et les données techniques permettant l'identification ne sont conservées qu'un an par les hébergeurs et fournisseurs d'accès. Pourtant, la Cour de cassation a rappelé le 4 décembre 2013 que l'anonymat sur internet n'est pas un droit absolu. L'étude AP Justice, basée à Meudon et forte de son expertise en constats numériques et procédures judiciaires, vous guide à travers les étapes essentielles pour lever cet anonymat : du constat initial à l'identification technique, jusqu'à la procédure judiciaire permettant d'obtenir l'identité civile de votre détracteur.

  • Seules les données d'identité civile (nom, prénom, adresse) peuvent être obtenues en procédure civile via l'article 145 du CPC - les données techniques de connexion (adresse IP, port source) nécessitent une procédure pénale depuis la loi du 30 juillet 2021
  • Le délai de conservation d'un an varie selon les données : il court à partir de la création du contenu pour les données de connexion, mais seulement à partir de la fermeture du compte pour les données de souscription (créant une quasi-perpétuité si le compte reste actif)
  • La procédure accélérée au fond (PAF) constitue depuis janvier 2022 une alternative au référé pour obtenir les données d'identification, avec saisine directe du Président du tribunal judiciaire selon l'article 6-I-8 de la LCEN
  • Les hébergeurs et FAI sont soumis au secret professionnel (articles 226-13 et 226-14 du Code pénal) et ne peuvent communiquer les données que sur ordonnance judiciaire, jamais sur simple demande

Sécuriser immédiatement les preuves pour identifier l'auteur anonyme

Faire établir un constat par commissaire de justice dans l'urgence

La première urgence consiste à sécuriser la preuve des propos diffamatoires. L'auteur peut supprimer le contenu à tout instant, rendant impossible toute procédure ultérieure. Le commissaire de justice doit intervenir immédiatement pour établir un procès-verbal respectant impérativement la norme AFNOR NF Z67-147, seule garante de la force probante du constat.

Les captures d'écran personnelles n'ont qu'une valeur probante insuffisante devant les tribunaux. Elles peuvent être facilement modifiées avec un logiciel de retouche d'image, ce qui compromet leur intégrité. Seul un procès-verbal officiel établi par un officier ministériel confère une date certaine et une présomption de sincérité aux éléments constatés.

Le commissaire de justice doit respecter un protocole strict : vider le cache du navigateur, vérifier l'absence de proxy, documenter le moteur de recherche utilisé, et établir un procès-verbal détaillé avec date certaine. Ces constats numériques certifiés selon la norme AFNOR constituent le socle probatoire indispensable pour toute procédure ultérieure.

Collecter les métadonnées essentielles pour identifier l'auteur anonyme

Au-delà de la simple capture visuelle, le constat doit impérativement relever des données techniques précises. L'adresse IP du propriétaire de la page constitue l'élément central permettant d'identifier l'auteur anonyme (bien que depuis la loi du 30 juillet 2021, cette donnée technique ne puisse être obtenue qu'en procédure pénale, contrairement aux données d'identité civile accessibles en procédure civile). Le commissaire de justice doit également capturer le code source complet de la page web, qui contient souvent des informations invisibles à l'écran mais cruciales pour l'identification.

L'URL complète et exacte du contenu doit être enregistrée, ainsi que tous les identifiants visibles : pseudonyme utilisé, identifiant du compte utilisateur, date et heure de publication. Ces éléments techniques formeront la base de votre demande judiciaire pour obtenir l'identité civile de l'auteur. Les hébergeurs conservent spécifiquement lors de la création de compte : l'identifiant de connexion, les nom et prénom ou raison sociale, les adresses postales, les pseudonymes utilisés, les adresses email, les numéros de téléphone, et même le mot de passe dans sa dernière version (dans la mesure où ils collectent habituellement ces données selon le décret du 25 février 2011).

À noter : La distinction entre données civiles et données techniques est fondamentale depuis la loi du 30 juillet 2021. Les données d'identité civile (nom, prénom, adresse postale, pseudonymes, emails, numéros de téléphone) restent accessibles via l'article 145 du CPC en procédure civile. En revanche, les données techniques de connexion (adresse IP, port source, identifiant du terminal) ne peuvent être communiquées que dans le cadre de procédures pénales pour la lutte contre la criminalité et la délinquance grave, comme l'a confirmé la Cour d'appel de Paris le 19 octobre 2023.

Obtenir l'identification via l'hébergeur et le fournisseur d'accès

Localiser l'hébergeur grâce à l'outil WHOIS

Pour identifier l'auteur anonyme, vous devez d'abord déterminer qui héberge le contenu. Les mentions légales du site, obligatoires selon la LCEN, doivent normalement indiquer l'identité de l'hébergeur. En cas d'absence, l'outil WHOIS permet de vérifier techniquement l'identité de l'hébergeur et d'obtenir ses coordonnées.

Cette étape révèle souvent une difficulté majeure : de nombreux hébergeurs sont situés à l'étranger, particulièrement aux États-Unis. Il faut alors viser l'entité juridique exacte en charge de l'hébergement, soit dans l'Union Européenne (par exemple Meta Platforms Ireland Limited pour Facebook et Instagram), soit au-delà de l'Union européenne (par exemple Meta Platforms Inc. pour les entités situées aux États-Unis). Les coûts et la complexité des procédures internationales peuvent alors s'avérer considérables. Les données sont conservées pendant un an selon le décret n°2011-219 du 25 février 2011 : l'identifiant de connexion, l'adresse IP d'origine, les protocoles utilisés et les métadonnées de création du contenu. Cependant, le point de départ de ce délai varie : pour les données de connexion et de création de contenu, il court à compter du jour de la création du contenu, mais pour les données fournies lors de la souscription d'un contrat ou création de compte, le délai d'un an ne court qu'à compter de la résiliation du contrat ou de la fermeture du compte (créant une quasi-perpétuité si le compte reste actif sur les forums, blogs ou sites communautaires).

Saisir le juge en référé selon l'article 145 du Code de procédure civile

La procédure repose sur l'article 145 du CPC, qui permet d'obtenir des mesures d'instruction avant tout procès. Vous avez le choix entre une requête sans contradictoire ou un référé avec débat contradictoire (l'assignation devant alors être enrôlée dans un délai de 15 jours, avec une audience généralement fixée dans un délai d'un à deux mois). Le Tribunal judiciaire de Paris a confirmé le 25 février 2021 la possibilité de mener cette procédure en parallèle d'une plainte pénale. Depuis le 1er janvier 2022, une alternative existe : la procédure accélérée au fond (PAF) qui permet de saisir directement le Président du tribunal judiciaire pour obtenir la communication de données d'identification selon l'article 6-I-8 de la LCEN modifié par la loi du 24 août 2021 (cette compétence étant parallèle et non exclusive à celle du juge des référés, comme l'a confirmé la Cour d'appel de Paris le 21 décembre 2023).

Le juge vérifie quatre conditions cumulatives pour identifier l'auteur anonyme : l'existence d'un motif légitime (qui doit reposer sur des «faits suffisamment circonstanciés» selon l'arrêt de la Cour de cassation du 14 novembre 2019, excluant les «simples présomptions»), la nécessité de conserver ou établir une preuve, des faits pouvant influer sur la solution du litige, et le recours à des mesures proportionnées. Les propos doivent être pénalement répréhensibles pour justifier la levée de l'anonymat. Le tribunal procède à un contrôle de proportionnalité «in concreto» selon l'arrêt de la Cour de cassation du 24 mars 2022, vérifiant que la mesure demandée est nécessaire à l'exercice du droit à la preuve et proportionnée aux intérêts antinomiques en présence (notamment droit à l'anonymat et vie privée).

  • Démontrer le caractère diffamatoire ou injurieux des propos avec des faits suffisamment circonstanciés (pas de simples présomptions)
  • Justifier l'urgence par le risque de disparition des données après un an
  • Établir la proportionnalité entre l'atteinte subie et la mesure demandée
  • Présenter le constat d'huissier comme preuve des faits allégués

Exemple pratique : Un médecin victime de propos diffamatoires sur un forum médical constate le 15 janvier 2024 qu'un utilisateur sous le pseudonyme "PatientMécontent75" l'accuse publiquement de fautes professionnelles graves. Il fait établir un constat par commissaire de justice le 20 janvier respectant la norme AFNOR NF Z67-147. Le constat relève l'URL exacte de la page (www.forum-medical.fr/discussion/12345), le pseudonyme de l'auteur, la date de création du compte (3 décembre 2023), et capture le code source complet. Le 25 janvier, il saisit en référé le tribunal judiciaire pour obtenir de l'hébergeur OVH l'identité civile liée au pseudonyme "PatientMécontent75". Le juge ordonne la communication sous 15 jours des nom, prénom et adresse postale de l'utilisateur. Grâce à ces informations, le médecin peut ensuite engager une action en diffamation contre Monsieur Martin Dupont, domicilié 45 rue de la République à Lyon.

Procéder en cascade pour identifier l'auteur anonyme

L'identification nécessite généralement deux requêtes successives. La première vise l'hébergeur pour obtenir l'adresse IP de connexion utilisée lors de la publication. Cette adresse IP constitue la trace numérique laissée par l'auteur lors de sa connexion au service (bien que cette donnée technique ne soit désormais accessible qu'en procédure pénale).

La seconde requête s'adresse au fournisseur d'accès internet correspondant à cette adresse IP. Le FAI détient les informations d'identification de l'abonné : nom, prénom, adresse postale. Les tribunaux accordent généralement un délai de 10 à 15 jours après signification de l'ordonnance pour la communication de ces données. Une astreinte peut être prévue pour garantir l'exécution (bien que les tribunaux n'ordonnent pas systématiquement d'astreinte, plusieurs décisions récentes ayant ordonné la communication des données «sans astreinte»). Il est également possible de solliciter le concours de la force publique auprès du préfet en cas de refus d'accès aux preuves. Les hébergeurs et FAI, soumis au secret professionnel dans les conditions prévues aux articles 226-13 et 226-14 du code pénal, ne peuvent communiquer que les données strictement nécessaires dans le respect du RGPD.

Ce processus en cascade explique pourquoi la procédure pour identifier un auteur anonyme peut s'étendre sur plusieurs mois, alors même que le délai de prescription de trois mois court inexorablement. Le délai d'appel de l'ordonnance est particulièrement court (15 jours à compter de la notification), ce qui nécessite une vigilance accrue dans le suivi de la procédure.

Conseil pratique : Face aux délais serrés, privilégiez la procédure accélérée au fond (PAF) depuis 2022 plutôt que le référé classique lorsque vous disposez déjà d'éléments solides. Cette voie permet de gagner plusieurs semaines précieuses tout en obtenant une décision au fond qui aura l'autorité de la chose jugée. N'oubliez pas que les hébergeurs et FAI sont tenus au secret professionnel : toute demande directe sans ordonnance judiciaire sera systématiquement rejetée, ne perdez donc pas de temps avec des démarches amiables vouées à l'échec.

Exploiter l'identification pour engager des poursuites effectives

La requête en identification ne suspend pas le délai de prescription de trois mois en matière de diffamation. Il est donc impératif de déposer une plainte avec constitution de partie civile parallèlement à la procédure d'identification. Cette plainte interrompt la prescription et préserve vos droits à poursuivre l'auteur une fois son identité révélée.

Les coûts de la procédure pour identifier l'auteur anonyme peuvent être substantiels, particulièrement avec des hébergeurs étrangers. Néanmoins, un remboursement partiel est possible lors du procès au fond contre l'auteur des propos. L'action en diffamation proprement dite ne peut être engagée qu'après obtention de l'identité civile complète.

Le respect du délai d'un an de conservation des données reste critique. Passé ce délai, les hébergeurs et FAI ont l'obligation légale d'effacer les données, rendant définitivement impossible l'identification de l'auteur. La rapidité d'action constitue donc un facteur déterminant de succès. Attention toutefois : ce délai présente des particularités selon le type de données concernées, pouvant créer des situations favorables ou défavorables selon les cas.

AP Justice, étude de commissaires de justice située à Meudon, accompagne les victimes de diffamation en ligne dans ces procédures complexes. Notre expertise en constats numériques respectant la norme AFNOR et notre maîtrise des procédures d'urgence nous permettent de maximiser vos chances d'identifier l'auteur anonyme de propos diffamatoires. Intervenant sur l'ensemble du ressort de la Cour d'appel de Versailles, nous assurons un suivi personnalisé de votre dossier, de la sécurisation initiale des preuves jusqu'à l'obtention de l'identité de votre détracteur.